Message 187
 
     
 

Sofia, Bulgarie, 23 Février 2010

 
     
 

Au sujet de l’ Innocence

Lors d’une satsang de Kriyabans, un disciple reçut une question qu’il communiqua à Shibendu de la façon suivante:

«J’ai organisé une satsang, ici,  Samedi et ce fut une merveilleuse réunion, empreinte d’amour et d’une énergie intense. Au cours de cette réunion, les participants ont discuté de la question suivante:  comment déterminer s’ils faisaient les tapas correctement.

La question fut alors posée: «y a-t-il des anciens Kriyabans plus expérimentés qui seraient en mesure de partager leurs expériences afin que nous puissons comprendre à quoi nous attendre et ce qu’il faut rechercher lorsqu’on pratique les Kriyas ?»

Je pense que la question est mieux posée ainsi: «y a-t-il certains signes indiquant que j’applique les techniques correctement ?»

Je m’attends normalement à ce que la réponse de la manifestation du Guru réitère que «toute expérience n’est qu’un besoin compulsif du «Je» et doit donc être évitée.»

Cependant, pendant quelques instants, je fus conscient de leur triste situation: certains ressentent une énergie durant Pranayam et Navi Kriya alors que d’autres non; certains ont une respiration aisée alors que d’autres peinent. Le petit nombre de Kriyabans initiés à l’Amantrak partagèrent leurs diverses expériences lors de la pratique du 12x12x12
(préalable à la 2ème initiation Kriya). Les ayant entendu, je me suis rendu compte que leurs expériences différaient, et que par conséquent lors de leurs tapas quotidiens, leur concentration et leur performance (dans l’ensemble) en avaient souffert.

Je n’ai pas la sagesse de répondre à cette question et je leur ai promis de la transmettre, en les avertissant par la même que la réplique ne répondrait peut-être pas à leurs attentes. Cependant ils étaient d’accord qu’ils avaient besoin de mieux comprendre s’ils faisaient les tapas correctement, avec par exemple, des sensations subtiles le long de la colonne vertébrale, un bourdonnement ou un picotement d’énergie au niveau des chakras, des sons et autres phénomènes.

Je pose donc la question et communiquerai la réponse lorsque celle-ci sera reçue.»

La manifestation du Guru répondit de la façon suivante:

Ceci est la réponse à votre message sur le sujet cité plus haut et que j’ai reçu en France. Je suis à présent en Bulgarie où les adeptes sont dans cette absence de division inhérente à l’énergie existentielle de l’Intelligence tournant autour et à l’intérieur de ce corps.
S’il vous plaît, n’interprétez ou ne reformulez pas une question. Voyez-la pour ce qu’elle est. On peut demander des conseils à un menuisier plus expérimenté si l’on a l’intention de se promouvoir en tant que menuisier compétent, car dans ce cas, il s’agit de la dimension technique de la dualité dans laquelle la possibilité de se promouvoir existe. Le bois est l’objet sur lequel le corps – le sujet – va travailler. Et ce travail sera fructueux car il existe une dichotomie, une dualité entre le sujet et l’objet. Mais lorsque l’on se trouve dans un état d’angoisse ou de tension dans la psyché, et que l’on s’attend à se retrouver dans un état où l’angoisse est absente, et ce grâce à une performance imitée, alors qui donc est cette entité avec de telles attentes ? N’est-ce pas le même «Je», la même angoisse ?  Ça n’est pas une question de ressentir, ou pas, de l’angoisse, mais le fait que le «Je», c’est cette angoisse ! Il n’existe pas de dichotomie et donc dans ce cas, toute performance est superflue ! Ici, seule la performance de la perception est nécessaire, et elle révèlerait que quelque soit la direction du mouvement de «Je», c’est en fait la continuité de l’angoisse ! (voir au bas de la page). Mais
l’ hyperactivité intellectuelle a tellement abruti le cerveau qu’une conscience intelligente devient anathème! C’est pour cela que nous recommandons la pratique des Kriyas afin de réduire l’atrophie cérébrale et de se guérir de la tare neurologique à l’origine de l’illusion du “Je”. Le seul but du Kriya c’est de n’avoir aucune expérience ! Mais voilà, durant la pratique des Kriyas, les attentes et les volontés de l’ego prennent le dessus, déclenchant ainsi des expériences, qui à leur tour, provoquent et encouragent des attentes – et l’on se retrouve ainsi dans le cercle vicieux de la conscience séparatrice ! Toutes ces prétendues expériences spirituelles ne sont que des réflexes conditionnés issus des systèmes de croyances, de la connaissance, des idées, de l’imaginaire empruntés aux marchands de rêves du marché spirituel. Toute connaissance est division; par conséquent, un état où l’on ne sait rien ou un état d’innocence (et non pas d’ignorance) sont la Divinité même. Cette véracité vitale propre à la sainte conscience existentielle ne doit pas être vulgarisée par la vanité et l’hypocrisie issues des affirmations de l’expérience. Les techniques sont faciles et sans effort, mais les espoirs qui en surviennent sont bien des situations sans espoir qui émanent de la folie mentale et de la malice. N’importe quel ancien Kriyaban qui connait les Kriyas et les pratique attentivement peut facilement corriger les erreurs qu’un nouveau Kriyaban peut commettre.

Comment pourriez «vous» éviter ces besoins compulsifs ?  Car ce «vous» c’est ce besoin compusilf. Lorsque l’on perçoit ceci, on laisse tomber ce «vous» ainsi que ce besoin – et ceci est le commencement de tousles commencements – la béatitude et la bénédiction de la Divinité. Ceux qui se complaisent dans la spiritualité du Nouvel Age tentent perfidement de forcer leur entrée dans la dimension de la divinité en abandonnant les acides et les drogues, se détruisant par la même.

Les expériences techniques sont utiles si elles ne renforcent pas l’égo et si le «Je» fonctionne simplement comme co-ordinateur de connaissance technique; par contre les expériences psychologiques sont désastreuses – elles sont à l’origine du «Je», qui se précipite dans les activités clandestines issues de complications et de confusions.  Même dans l’état de dualité, c’est l’état de “non-savoir” qui invite l’Intelligence. Ainsi par exemple, un ingénieur qui a étudié des manuels et travaillé pendant des années dans un certain secteur pourra répondre àune situation de deux façons distinctes: il pourrait se dire «voici une situation présentant un nouvel apprentissage» ou alors, il pourrait être dogmatique et s’engager à défendre sa connaissance passée et son expérience routinière stockées dans sa mémoire en tant que connaissance, et de ce fait, il sera privé d’une situation offrant un nouvel apprentissage, simplement à cause de l’engagement psychologique de son «Je» dans une connaissance cumulative et empruntée. En effet, si personne n’avait été disponible à cet état de «non-savoir», il n’y aurait jamais eu d’inventions ou d’innovations dans le monde technique. Cet état de «non-savoir» n’est pas un état d’ignorance, mais un état d’innocence.

Lors d’une récente satsang en Bulgarie, Shibendu a déclaré: «Voyez votre beau mouchoir. Il est agréable au regard et il est aussi utile pour s’essuyer le visage et les mains. Mais si vous faites des nœuds dans ce mouchoir, il devient inutilisable. Pareillement, lorsque Chaitanya (l’Intelligence) est nouée en expériences de chittavritti (le «Je»), elle demeure inefficace et incompétente. Toutes ces sensations subtiles dans la colonne vertébrale, les bourdonnements et les chatouillements d’énergie dansles chakras, des sons et autres phénomènes doivent être ignores, avec détachement, afin que  soit l’heureuse révélation de l’Innocence, l’Intelligence, Chaitanya-Nath !

Jai l’Innocence

Note
“La performance de la perception” signifie action de la perception – et non pas les activités issues de projections et de postulats intellectuels, ou de concepts empruntés et de conclusions. La performance est normalement possible lorsqu’il existe une dichotomie entre le sujet et l’objet comme c’est le cas dans le monde technique. Ici, nous indiquons une performance qui, en fait, n’en est pas une ! Ça n’est que l’intensité de la perception.