De l’intolérance et de l’intolérance, de l’appréciation
et de la critique.
On a parfois reproché à Shibendu, par le biais de quelque
observation prétendument “intellectuelle”, d’être
intolérant vis-à-vis des croyances, de critiquer les guides.
Qu’est-ce donc que la tolérance? Qu’est-ce que la
critique? Pourquoi devrait-on être tolérant ou intolérant,
apprécier ou critiquer? N’est-il pas possible d’être
libre et affranchi de toute dichotomie?
Les faits ne requièrent ni tolérance ni intolérance,
ils ne se soucient guère d’être appréciés
ou critiqués. Les idées et les opinions, les formulations
et les fragmentations sont inexorablement prises au piège des
contraires et conduisent à toutes sortes de dilemmes. Une conscience
profondément religieuse (débarrassée de cette illusion
misérable et mesquine du «Je» qui recherche sans cesse
l’investissement et l’implication psychologiques) n’a
pas de croyance, d’image, de symbole, de motif, de délire
egocentrique (qu’il soit subtil ou grossier), de guide, de culpabilité ou
de gratification de quelque ordre que ce soit. La tolérance n’indique
peut-être que le désir d’avoir l’énergie
de voir «ce qui est», mais ce désir implique que nous
sommes déjà distrait par «ce qui devrait être».
Les faits sont là pour que nous y fassions face ou que nous les
fuyions. Pourquoi nous plaisons-nous à battre le tambour de la
tolérance?
Toutes les croyances des diverses religions sont source d’animosité entre
les peuples. Est-ce être intolérant que de relever l’évidence
de ce fait? Mais si je ne veux pas regarder ce fait, il m’est facile
de taxer l’autre d’intolérance! Il est bien évident
que les antagonismes perdureront tant que nous serons divisés
en diverses croyances (Hindous, Bouddhistes, Juifs, Chrétiens,
Musulmans, etc) et incroyances (communistes, athées, etc) comme
en tous ces «ismes» (nationalisme, capitalisme, socialisme,
racisme, libéralisme, conservatisme, individualisme, etc)!
Nous sommes des êtres humains, des vies, et pas des agrégats
de croyances, d’idées et autres «ismes» synonymes
de conflit. Mais nous prenons refuge dans ces croyances et dans ces «ismes» parce
qu’ils nous servent. Nous en tirons un certain profit. Les sociétés
se sont bâties dessus. Les prêtres et les politiciens prospèrent
grâce à ça. A leurs yeux, c’est faire preuve
d’intolérance que d’oser les remettre en cause. Mais
celui qui regarde les faits tels qu’ils sont n’est assurément
pas plus concerné par la tolérance que par l’intolérance.
Croyances et incroyances sont le résultat de notre passé,
de notre éducation, de nos expériences, de nos peurs et
de nos désirs, de notre demande de dépendance, de notre
conditionnement et ainsi de suite.
Elles n’ont pas le moindre rapport avec la compréhension,
la félicité, la liberté, la compassion et la divinité.
Nous continuons pourtant à croire parce que c’est plus commode,
plus respectable, plus sûr. Si nous cessions de croire, nous pourrions
perdre notre emploi ou subitement nous apercevoir que nous ne sommes
rien! C’est être libre de toute croyance qui importe, pas
d’être tolérant ou intolérant.
Quant aux guides et aux gourous, vous les suivez car vous poursuivez
un but et continuez d’attendre une récompense. Vous êtes
ainsi toujours à chercher et à espérer que votre
guide (gourou) vous aide à trouver quelque chose. C'est la quête
et le devenir qui engendrent le temps et le mental stupide. Le mental
est le temps. Le mental est la peur. Suivre un guide qui exploite votre
désir et votre peur ne vous libérera pas du temps. Suivre
vous gratifie et vous aide à fuir la culpabilité par la
crédulité. Fleurir et non pas suivre mène à la
Réalité qui est hors de cette matrice du mental et du
temps.
Ce n’est que lorsque toute quête cesse (sauf dans le domaine
technique, sans le moindre résidu ou sédiment psychologique),
quand la conscience incarnée est calme et complètement
immobile, sans la moindre espèce de motivation, que se manifeste
cette chose, ou plutôt ce rien, ce vide éternel qui ne peut être
saisi par l’esprit, qui ne peut être trouvé dans les
livres ou dans les écritures, et qui est hors du champ de la connaissance
empruntée à n’importe quel guide ou gourou. La connaissance
n’est pas le savoir. Celui qui prétend savoir ne sait
rien! Ce vide, ce rien, embrasse tout!
Jai le Néant, le Vide, Shunyam.