Message 95
 
     
 
Paris, 14 juin 2006
 
     
 

De l’intolérance et de l’intolérance, de l’appréciation et de la critique.


On a parfois reproché à Shibendu, par le biais de quelque observation prétendument “intellectuelle”, d’être intolérant vis-à-vis des croyances, de critiquer les guides. Qu’est-ce donc que la tolérance? Qu’est-ce que la critique? Pourquoi devrait-on être tolérant ou intolérant, apprécier ou critiquer? N’est-il pas possible d’être libre et affranchi de toute dichotomie?


Les faits ne requièrent ni tolérance ni intolérance, ils ne se soucient guère d’être appréciés ou critiqués. Les idées et les opinions, les formulations et les fragmentations sont inexorablement prises au piège des contraires et conduisent à toutes sortes de dilemmes. Une conscience profondément religieuse (débarrassée de cette illusion misérable et mesquine du «Je» qui recherche sans cesse l’investissement et l’implication psychologiques) n’a pas de croyance, d’image, de symbole, de motif, de délire egocentrique (qu’il soit subtil ou grossier), de guide, de culpabilité ou de gratification de quelque ordre que ce soit. La tolérance n’indique peut-être que le désir d’avoir l’énergie de voir «ce qui est», mais ce désir implique que nous sommes déjà distrait par «ce qui devrait être». Les faits sont là pour que nous y fassions face ou que nous les fuyions. Pourquoi nous plaisons-nous à battre le tambour de la tolérance?


Toutes les croyances des diverses religions sont source d’animosité entre les peuples. Est-ce être intolérant que de relever l’évidence de ce fait? Mais si je ne veux pas regarder ce fait, il m’est facile de taxer l’autre d’intolérance! Il est bien évident que les antagonismes perdureront tant que nous serons divisés en diverses croyances (Hindous, Bouddhistes, Juifs, Chrétiens, Musulmans, etc) et incroyances (communistes, athées, etc) comme en tous ces «ismes» (nationalisme, capitalisme, socialisme, racisme, libéralisme, conservatisme, individualisme, etc)!


Nous sommes des êtres humains, des vies, et pas des agrégats de croyances, d’idées et autres «ismes» synonymes de conflit. Mais nous prenons refuge dans ces croyances et dans ces «ismes» parce qu’ils nous servent. Nous en tirons un certain profit. Les sociétés se sont bâties dessus. Les prêtres et les politiciens prospèrent grâce à ça. A leurs yeux, c’est faire preuve d’intolérance que d’oser les remettre en cause. Mais celui qui regarde les faits tels qu’ils sont n’est assurément pas plus concerné par la tolérance que par l’intolérance. Croyances et incroyances sont le résultat de notre passé, de notre éducation, de nos expériences, de nos peurs et de nos désirs, de notre demande de dépendance, de notre conditionnement et ainsi de suite.


Elles n’ont pas le moindre rapport avec la compréhension, la félicité, la liberté, la compassion et la divinité. Nous continuons pourtant à croire parce que c’est plus commode, plus respectable, plus sûr. Si nous cessions de croire, nous pourrions perdre notre emploi ou subitement nous apercevoir que nous ne sommes rien! C’est être libre de toute croyance qui importe, pas d’être tolérant ou intolérant.


Quant aux guides et aux gourous, vous les suivez car vous poursuivez un but et continuez d’attendre une récompense. Vous êtes ainsi toujours à chercher et à espérer que votre guide (gourou) vous aide à trouver quelque chose. C'est la quête et le devenir qui engendrent le temps et le mental stupide. Le mental est le temps. Le mental est la peur. Suivre un guide qui exploite votre désir et votre peur ne vous libérera pas du temps. Suivre vous gratifie et vous aide à fuir la culpabilité par la crédulité. Fleurir et non pas suivre mène à la Réalité qui est hors de cette matrice du mental et du temps.


Ce n’est que lorsque toute quête cesse (sauf dans le domaine technique, sans le moindre résidu ou sédiment psychologique), quand la conscience incarnée est calme et complètement immobile, sans la moindre espèce de motivation, que se manifeste cette chose, ou plutôt ce rien, ce vide éternel qui ne peut être saisi par l’esprit, qui ne peut être trouvé dans les livres ou dans les écritures, et qui est hors du champ de la connaissance empruntée à n’importe quel guide ou gourou. La connaissance n’est pas le savoir. Celui qui prétend savoir ne sait rien! Ce vide, ce rien, embrasse tout!


Jai le Néant, le Vide, Shunyam.